samedi 20 juin 2020

1964

1964 marque une étape importante dans l'histoire du rock, à l'ère de la guitare électrique, qui voit le genre intégrer des sons nouveaux, non pas inconnus dans l'histoire plus générale de la musique, si on se réfère par exemple à celle du jazz et du blues dans les années 20, ou encore à ce véritable pionnier que fut Link Wray dans les années 50, mais que redécouvre le rock des sixties, sous forme de "trouvailles" (plus ou moins accidentelles) dont la plus célèbre est bien sûr le riff de guitare qui accompagne You Really Got Me des Kinks, groupe au nom prédestiné - les Tordus - quand il s'agit de son dis-tordu.
On connaît l'anecdote: écrite par Ray Davies, un soir sur le piano du salon familial, la chanson n'a au départ rien d'emballant, même si Ray est convaincu de tenir là un tube en puissance. A l'initiative de Dave, 17 ans, le frangin terrible qui est aussi le guitariste soliste du groupe, le riff passe du piano à la guitare et la chanson rencontre un franc (euphémisme) succès sur scène. Reste à immortaliser le morceau en studio. Les deux premières tentatives ne sont pas convaincantes. La troisième est la bonne. Dave branche sa guitare (une six cordes Harmony Meteor) sur son ampli Elpico AC-55 - vous savez, le "petit ampli vert" (lui-même branché à un Vox AC30) - dont il a tailladé la membrane du haut-parleur avec une lame de rasoir, produisant un son sursaturé, tout ce qu'il y a de plus crunchy, son auquel Dave recourait déjà lors des concerts, mais avec un résultat plutôt moyen. Là, lors de la session d'enregistrement du 4 juillet 1964, sous la direction du producteur Shel Talmy, le rendu de la distorsion est enfin satisfaisant, ouvrant la voie au hard rock, voie que pourtant les Kinks - après All Day and All of the Night et "Tired of Waiting for You" - ne suivront pas. La légende a longtemps couru que Jimmy Page, du futur Led Zeppelin, était pour quelque chose dans l'enregistrement de "You Really Got Me" et que c'était même lui qui jouait le solo de guitare et non Dave Davies. Il n'en est rien évidemment.
Trois mois plus tard, le 18 octobre, alors que les Beatles enregistrent I Feel Fine, John Lennon, l'auteur de la chanson (qui est construite elle aussi autour d'un riff de guitare, inspiré du Watch Your Step de Bobby Parker), à la fin d'une des prises, plaque sa guitare (une Gibson électro-acoustique) sur l'ampli, déclenchant un puissant effet Larsen. "Qu'est-ce que c'est?, lui demandent les autres, du vaudou?". "Non, c'est du feedback, leur répond Lennon, et c'est un super son". George Martin, le producteur, propose de le placer au début - juste après la note de basse jouée par McCartney -, écho manifeste au riff des Kinks.
"You Really Got Me" et "I Feel Fine", deux chansons qui font de 1964 l'année du grand saut au niveau expérimental, avec les conséquences que l'on sait pour les années à venir. Il en est une troisième qu'on ne saurait oublier: She's Not There des Zombies, enregistrée le 12 juin, en amont des deux autres, dont elle est comme le contrepoint, par son mode mineur (typique du groupe), les renversements au niveau rythmique, le rôle cette fois du piano électrique (un Hohner Pianet) dont se sert Rod Argent, qui a composé la chanson, surtout parce que le climax ici n'est pas instrumental mais vocal, via les hauteurs que doit atteindre Colin Blunstone, le chanteur du groupe, conférant ainsi/aussi à "She's Not There" un côté "inouï". 1964, année disruptive...

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