vendredi 12 février 2021

L'île au trésor


Providence, Chevalrex, 2021.

Providence, c'est l'île au(x) trésor(s), le dernier album de Rémy Poncet, aka Chevalrex, son plus beau à ce jour, une invitation au voyage, inspiré par la femme (a-t-elle les yeux verts comme celle de Baudelaire?), l'âme-sœur, que célèbre l'amour cheval-resque, une île donc, avec ce que cela suppose d'introspection, et un trésor, enfoui peut-être dans la tombe de Jim, qu'on imagine fantôme du passé, écho aussi à l'enfance (Providence rime avec Valence) et son royaume, que Cheval Rex, le roi-cheval, convoque de sa voix claire - reçue 5/5 -, rappelant celles d'un Murat, d'un Burgalat, d'un Minière et, plus encore, les voix-sœurs de Mathieu Boogaerts et Albin de la Simone. Une île qui pourtant n'est pas la Hollande de Baudelaire, avec ses paysages à la Ruisdael et ses intérieurs à la Vermeer. Aujourd'hui, il faut aller plus loin pour voyager. La Providence, de son vrai nom La Désirade, est une île des Caraïbes, un décor de carte postale: des longues plages de sable blond bordées de cocotiers, et pour demeure, une case créole où Chevalrex avait posé ses valises à la fin 2019 (juste avant que le monde se confine) — la "désirade", mot-valise justement, fait de désir et de rade, non pas que le désir y soit en rade, mais au contraire, parce qu'à La Désirade il n'y a que ça à faire: désirer, et rien d'autre, autant dire rêver. Et pour Chevalrex, rêver d'amour et de musique. La Providence, du nom encore de la muse-caravelle qui le fera voyager de nouveau, une fois rentré à la maison, nourri des impressions de là-bas. Où se mêlent, à l'amour retrouvé (Au crépuscule, Providence et le bien nommé Désirade qui conclut l'album), tous ces autres sentiments qui, mélancolie oblige, remontent à la surface, de la peur de la perte (Tant de fois) aux regrets (Mauvais départ), en passant par les "deuils" (La tombe de Jim, Ophélie suite), et donc les souvenirs, témoins d'un autre monde, qui est aussi une île: là-bas, au pied du Vercors, le monde immense de l'enfance (Monarchie) et de la jeunesse perdue (L'endroit d'où je parle, chanson sublime, sûrement la plus belle de l'album), un monde dont le souvenir apaise mais qu'il faut (savoir) oublier pour vivre pleinement le présent. Luxe, calme et volupté.

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